Département Analyse et culture cinématographique

Présentation du département par Nicole Brenez, Directrice du département analyse et culture cinématographique.

La Fémis est une École Nationale Supérieure : cela signifie que sa mission consiste, non pas seulement à former des élèves en appliquant des savoirs acquis par ailleurs, mais à créer, élaborer, défricher dans les disciplines qu’elle transmet.

Dès lors, le programme « Connaissance, Culture, Création » se doit d’assurer une double mission simultanée de recherche et de transmission. L’encadrement spéculatif des élèves est conçu en termes de laboratoire de création, de telle sorte que les étudiant-e-s se sentent parties prenantes d’un lieu d’excellence qui allie formation et prospection.
Au principe de cette dynamique, on ouvrira les élèves à l’ensemble des propositions esthétiques dont se sont montrés capables le cinéma et les arts filmiques en général. On envisage l’histoire non comme un passé mais comme un réservoir de formes, de ressources, d’initiatives toujours à constituer et ouvrir.

L’enjeu est triple :

  • Tout au long des quatre années de leur cursus, enrichir la culture visuelle des élèves ;
  • Leur indiquer le plus précisément possible dans quels contextes formels contemporains ils/elles conçoivent, produisent et réalisent leurs films ;
  • Les aider à réfléchir plus largement aux enjeux et fonctions des images artistiques et non-artistiques dans leur environnement, afin qu’ils/elles les reconduisent, les réactivent ou les inventent.

À la faveur des cours, des rencontres, des échanges singuliers, on outillera les élèves en questionnements, méthodes d’analyse, notions, propositions puisées dans l’histoire et le présent des arts. Mais il s’agira aussi d’expérimenter des situations et des gestes : de spectateurs, ils/elles doivent devenir créateurs, donc comprendre très concrètement et même existentiellement le saut spéculatif et pratique que cela suppose, ressaisir ce qu’il peut y avoir de collectif voire de consignes sociales dans les sources de leurs aspirations, non pour le relativiser et encore moins le tarir mais pour discerner ce qu’ils/elles acceptent ou non de prendre en charge, de reconduire, de transformer ou de redéfinir.

Il s’agit donc d’élaborer des questionnements et outils analytiques efficaces avec une double exigence :

  • Innover sur le plan méthodologique ;
  • Être d’une parfaite opérativité pour les élèves, au sens où le travail analytique simultanément structure leur regard sur le cinéma et les aide à concevoir leurs propres films.

1. Le sujet de l’année : Les présupposés visuels.

Avec l’ensemble de ces objectifs à l’esprit, pour l’année 2017-2018, nous construirons et testerons la notion de “présupposé visuel”.
De même qu’il existe des présupposés présidant à tout discours et prise de position, il existe des présupposés régissant les images. Que pose-t- on comme acquis, consciemment ou inconsciemment, en amont de toute construction, de toute création, de toute figuration, avant même de faire une image ? Et comment, en analyse, déduire les présupposés d’un film ? À ce jour, l’étude des présupposés visuels et figuratifs n’existe pas ou presque pas (nous rappellerons quelques rares jalons sur ce chemin) : on étudie soit les films, soit leurs effets. Remonter aux présupposés de la représentation, à ce que ceux-ci postulent quant au monde, aux phénomènes et à leur figurabilité, remonter ainsi aux postulats à partir desquels les images œuvrent à décrire et raconter, permet de mieux comprendre les formes et facettes du conformisme ou de la novation, les puissances de déplacement ou de réélaboration mises en œuvre dans un film.

Outre l’outillage méthodologique neuf que fournit une telle approche, celle-ci permettra aux élèves, quels que soient leur cinéphilie et leurs désirs esthétiques, de ressaisir leurs propres présupposés, de fonder avec plus de clarté et de solidité leur travail de conception et de création.

2. Les 3 exercices.

Au cours de leur Première année de scolarité à La Fémis, 3 exercices seront demandés aux élèves.

Par ordre chronologique :

  • Une analyse interne : qui portera sur les TFE projetés à la Cinémathèque française.
  • Une analyse externe : qui porte sur un films sorti en salle.
  • Une analyse projective : qui porte sur le film de fin d’année réalisé par chaque élèves.

La nature, la longueur et le calendrier de ces exercices seront précisés lors du premier cours.

Liste des films recommandés par La Fémis - 2019

Principes et objectifs :
Lors de la rentrée 2017, il fut demandé aux Directeurs et Directrices des Départements (DD) puis aux différentes instances responsables de La Fémis de constituer une liste des 30 films considérés comme les plus indispensables :

  • pour les élèves de leur secteur de spécialité (selon les DD),
  • pour la connaissance des histoires du cinéma et des arts filmiques en général (selon les responsables administratifs et techniques).

Il ne s’agissait donc pas d’une liste des films favoris, mais des titres considérés comme nécessaires
à trois égards :

  1. pour ouvrir et nourrir l’imaginaire formel des élèves,
  2. pour aider ceux-ci à approfondir l’histoire de leur discipline,
  3. pour servir de repères communs élémentaires dans le cadre d’un enseignement.

Résultats :
Le résultat de cette collecte se présente sous deux formes :

  • les listes sectorielles (Départements + Entités administratives et techniques),
  • leur synthèse, par ordre chronologique.
    On pourra constater l’ampleur des choix effectués en termes de périodicité, de styles, de nationalités, de propositions formelles, de genre…
    En termes de provenance, le cinéma s’avère on ne peut plus majoritaire, mais on observe quelques apparitions de films nés dans le champ télévisuel. Par exemple : La Maison des Bois de Maurice Pialat (1971), Le Sahara n’est pas à vendre de Jocelyne Saab (1977), Le profit et rien d’autre ou (réflexions abusives sur la lutte des classes) de Raoul Peck (2001).

En termes de contenus, les choix effectués allient films analogiques, films d’animation, grands classiques, films expérimentaux, engagés, courts, longs, fiction, documentaire… La présence de nombreux documentaires mérite d’être soulignée, d’une part en raison du hiatus qui persiste encore entre d’une part la richesse fondatrice de cette dimension du cinéma et de l’autre sa notoriété dans la culture générale ; mais aussi, parce que la Deuxième année du cursus est centré sur la réalisation d’un documentaire. Il n’est donc jamais trop tôt pour renforcer ses
connaissances quant aux inépuisables ressources formelles offertes par l’histoire du cinéma documentaire.

Ces listes ont vocation à évoluer chaque année en fonction de la création et des redécouvertes contemporaines, des rencontres renouvelées de chacun-e avec le cinéma ainsi que de l’arrivée de nouveaux responsables à La Fémis.
Elles s’ajoutent à à la liste des « 208 films » constituée par Alain Bergala, fondée sur le principe de la découverte de sa propre esthétique par un auteur.
Ensemble, elles établissent une proposition pour quiconque – élèves de La Fémis, candidat-e-s, cinéphiles de tous horizons – voudrait commencer son initiation aux histoires du cinéma et des arts filmiques.

Ces listes sont consultables sur le site internet de La Fémis dans l’onglet « Admission ».