Le laboratoire SACRe

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Les cinq écoles nationales supérieures d’art et l’ENS développent des activités de recherche communes à l’interface entre les arts et les sciences, unissant pratique et théorie au sein du laboratoire doctoral « Sciences, Arts, Création, Recherche » (SACRe).

Les cinq grandes écoles nationales supérieures de création – La Fémis, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD), le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP), l’École nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD) et l’École nationale supérieure des beaux-arts (Les Beaux-Arts de Paris) – et l’École normale supérieure (ENS) développent des activités de recherche communes, qui s’organisent selon trois axes : « L’invention des formes : modalités et temporalités de la création », « Publicisation : de la valorisation des pratiques artistiques » et « Transmission et mémoire ».

Ces coopérations se structurent au sein d’un laboratoire de recherche commun, créé en 2014 et labelisée en tant qu’équipe d’accueil par le ministère de l’Enseignement supérieur en 2015. Actuellement hébergé au sein de l’Université PSL, ce laboratoire accueille doctorants SACRe, chercheurs et professeurs des écoles d’art, ainsi que chercheurs et artistes associés, engagés dans des projets transversaux.
Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site du laboratoire SACRe.

Présentation des recherches des docteurs et doctorants SACRe de La Fémis

Thèses en cours

François Hébert (Promotion 2020)

Titre : Expériences de l’effondrement et guérison par les images
Directeur : Antonio Somaini (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle) et Philippe-Alain Michaud (Centre Pompidou)

Présentation : Réchauffement climatique, ressources énergétiques, biodiversité, démographie : la société thermo-industrielle se trouve engagée dans une mécanique qui pose la question de son effondrement. Conscients de cette trajectoire, les arts peuvent faire face à l’urgence en agissant sur nos imaginaires : il s’agir dès lors de considérer l’effondrement non comme un trou noir, mais comme un moment de bascule entre deux systèmes de représentations dans lequel les images ont un rôle à jouer. L’effondrement, si on le débarrasse de l’acception définitive dans laquelle on l’emploie habituellement, peut être considéré comme une forme d’expérience, ce qui laisse entrevoir sa narration, sa transmission, et la possibilité d’un avenir.
De là le projet d’interroger, à travers trois expériences de l’effondrement, la manière dont les images peuvent participer à un processus de guérison. A travers le scénario d’un long métrage, il s’agit pour nous de travailler d’abord la figure du célèbre historien Aby Warburg, qui développa de graves crises de psychoses au sortir de la Première Guerre mondiale, et qui parvint à témoigner d’une forme de rétablissement en menant son travail d’historien de l’art, lors d’une célèbre conférence. Par un court-métrage d’animation mettant en mouvement certaines peintures siennoises qui font suite à l’épidémie de peste qui décima plus de la moitié de la population de la ville lors de l’été 1948, nous souhaitons questionner les rapports entre l’image et la révélation tragique qui sous-tend ce terrible épisode. Un troisième projet de film s’intéresse enfin au modèle « World 3 » développé par des chercheurs du MIT pour visualiser, sous formes de graphiques, certains « scénarios » qui projettent, à partir d’une énorme somme d’information, l’effondrement du développement humain en regard des limites physiques de la Terre.

Joseph Minster (Promotion 2019)

Titre : Variations : filmer l’équivocité chancelante du monde
Directeurs : Térésa Faucon (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle) et Lucas Belvaux (réalisateur)

Présentation : Si le cinéma « change le monde en lui-même » en se faisant langue unique – la « langue écrite de la réalité » - mais que, comme le souligne Hannah Arendt dans son Journal, le monde présente une « équivocité chancelante » qui n’est perceptible qu’à travers la connaissance de la multiplicité des langues, comment le cinéma parvient-il à traduire l’équivocité chancelante du monde ?
Notre hypothèse de travail est que les cinéastes résolvent cette difficulté à travers des jeux de « variations ». Nous montrerons comment les cinéastes parviennent à construire un certain type de relation entre la « langue de la réalité » et le monde, à travers des jeux de différences et de répétitions internes aux films. En explicitant cette relation souterraine, en partie indépendante du propos des films, nous chercherons à proposer une cartographie du cinéma qui mettrait en évidence de nouveaux liens entre les films. Au fur et à mesure de la recherche, nous mettrons nos intuitions à l’épreuve et nourrirons notre réflexion en réalisant une série de films pensés comme des variations cinématographiques autour d’un lieu équivoque du monde : un col de montagne, dans les Alpes, à la frontière franco-italienne.

Dimitri Martin Genaudeau (Promotion 2018)

Titre : La connaissance des clowns - l’homme, l’animal et la machine dans le cinéma burlesque
Directeurs : Vincent AMIEL (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne) et Serge BOZON (réalisateur)

Présentation : Le cinéma burlesque n’a cessé d’explorer l’inquiétante frontière entre l’homme et le monde extérieur par la saccade des attouchements partagés entre le héros comique, et ce que l’on désigne aujourd’hui par cet anathème : le « non-humain » (animaux, machines, plantes, objets, matières, etc.). Il est pourtant clair que le traitement des relations entre humains et non-humains dans le cinéma contemporain a pris le chemin d’une noire désespérance, que traduit l’abondance des récits dystopiques, apocalyptiques ou postapocalyptiques du cinéma grand public. À l’univocité de ces récits de science-fiction, le burlesque substitue une inquiétude fondamentale – et irrésolue – quant à la place de l’homme dans le monde, tantôt dominant toute chose, tantôt aliéné par les êtres et la matière, toujours incertain des limites de sa propre existence. Le rire déclenché par le spectacle de cette confusion ne pourrait-il avoir pour effet paradoxal d’éclaircir – de démystifier – la manière dont nous nous représentons nos échanges avec les non-humains ? Si tel était le cas alors il pourrait bien y avoir dans cet art du renversement et du désordre qui distingue le burlesque comme une connaissance des choses par leur envers, une connaissance du non-sens : la connaissance des clowns.
Pour trouver la juste forme de cette inquiétude qui tourmente aujourd’hui nos rapports aux machines ou aux animaux, il semble essentiel de résoudre le paradoxe qui consiste à dépeindre l’altérité non humaine par le biais d’une technique humaine : le cinéma. L’étude des films burlesques devra nous aider à formuler notre propre réponse (sous la forme d’un film) à ce paradoxe.

Jenny Teng (Promotion 2017)

Titre : Le cinéma peut-il nous consoler ?
Directeurs : Antoine De Baecque (Ecole normale supérieure), Delphine Robin Diaz (Université de Tours) et Pascale Breton (réalisatrice)

Présentation : Le cinéma peut-il nous consoler quand les mots manquent pour décrire, transmettre, expliquer la destruction d’un monde sous le génocide des Khmers rouges ? La thèse prendre la forme d’un long-métrage documentaire et d’un texte traduisant une enquête dans la communauté Teo Chew, autour des questions suivantes :
—  Quels sont les effets du génocide, le fait d’avoir perdu des proches brutalement, de ne pas leur avoir donné de sépulture, sur le rapport à la mort et au vieillissement ?
—  Qu’est ce qui fonde aujourd’hui le sentiment de communauté chez la diaspora chinoise du Cambodge à Paris, les Teo Chew ?
—  Quelle transmission de cette histoire a eu lieu ou non auprès de la 2e génération des Teo Chew ?
—  Quelles représentations se fabrique la deuxième génération, et comment se raconte-t- elle sa propre histoire ? Comment se profile à travers les blogs, productions littéraires et visuelles, la figure de « victime » qui mettrait en question la place que la France aurait donné à ces réfugiés dans les années 1970 ? Cette place se fissure en 2019 alors que la nécessité de survivre est dépassée, et que la deuxième génération Teo Chew apparaît socialement « intégrée ».

Clément Schneider (Promotion 2016)

Titre : Filmer l’utopie
Directeurs : Antoine De Baecque (Ecole normale supérieure) et Dominique Marchais (réalisateur)

Présentation : Qu’est-ce qui, dans l’expérience du cinéma – qu’elle soit celle du spectateur ou du cinéaste – a partie liée avec l’utopique ? Une telle interrogation a, il faut l’avouer, quelque chose de vertigineux. Il peut toutefois être utile et rassurant de circonscrire – du moins d’essayer – les questions que cette problématique soulève : ainsi, toutes me semblent être liées à une définition ou un rapport à l’espace, qu’il s’agira donc d’interroger. Il n’y a pas d’utopie sans un espace caractérisé de manière extrêmement précise ; le cinéma, quant à lui, fabrique des espaces qui se reconfigurent en permanence, dans l’histoire que les films racontent, mais aussi dans l’histoire de la forme cinématographique. Quels ponts peut-il exister entre les espaces décrits par les utopies et ceux que les films génèrent ? En quoi une approche utopique de l’espace cinématographique peut-elle se montrer féconde pour le cinéaste-chercheur ? Quelles sont les implications de la possibilité que le cinéma soit utopique ? Que faire d’un tel cinéma ? Au fond, notre recherche devra, si elle suit son cours jusqu’au bout, se poser la question de la fonction utopique du cinéma. Les utopies sont toujours liées au monde, au réel, à l’époque qui les produit. Elles occupent une fonction, elles jouent un rôle, elles peuvent parfois s’incarner dans un projet révolutionnaire qui a vocation à transformer le monde. Une recherche sur les rapports entre utopie et cinéma ne saurait donc faire l’impasse sur cette question du rôle et des possibilités d’un cinéma utopique.

Thèses soutenues :

Mélanie Pavy (Promotion 2015, thèse soutenue en 2020)

Titre : Conquêtes et Nostalgies : une archéologie imaginaire de la future ville d’Omega
Directeurs : Sophie Houdart (CNRS, Université Paris X Nanterre), Antoine De Baecque (Ecole Normale Supérieur) et Christian Merlhot (réalisateur, directeur de l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence)

Présentation : Entre début et fin du monde humain, conquête de territoires et nostalgie du pays natal, nous proposons des hypothèses filmées et holographiques de ce que pourraient être les racines et les ramifications d’un projet réel à venir, celui de la construction d’une ville japonaise dans le sud de l’Inde. Comme s’il s’agissait de collecter les traces d’une archéologie du futur ou, pour reprendre les mots d’Heidegger, comme s’il s’agissait de donner forme à une « pensée qui se souvient de ce qui vient ».
Un double désir anime ce projet, auquel le cadre du doctorat SACRe répond. D’un côté, le désir d’aborder ce projet avec le temps de la recherche et de l’expérimentation, hors des contraintes de la production cinématographique classique. De l’autre, le désir de l’inscrire dans la continuité d’un travail de réalisatrice, en proposant une recherche dont la forme soit cinématographique.

Esther Jacopin (Promotion 2014, thèse soutenue en 2017)

Titre : La continuité stéréoscopique : correspondances et discontinuité
Directeurs : Giusy Pisano (Ecole normale supérieure), Sabine Lancelin (directrice de la photographie) et Jeanne Guillot (stéréographe)

Présentation : Cette recherche par la pratique est constituée de deux films en 3D stéréoscopique (3Ds), et d’un manuscrit qui fait état des explorations et de la réflexion dont ils ont été l’occasion.
Dans un premier temps, cette réflexion s’emploie à définir la notion de continuité au cinéma. Elle conduit à l’identification des éléments requis pour l’existence de la continuité d’une part, et pour sa compréhension d’autre part, permettant ainsi d’établir un modèle de la continuité cinématographique, qui partage certains de ses principes avec d’autres domaines, tant scientifiques qu’artistiques.
Est analysé ensuite le cas singulier de la stéréoscopie, entre continuités et discontinuités. Cette étude technique et perceptive permet d’aborder pleinement les spécificités de cette technique, afin de faire l’état des lieux de la continuité dans le cinéma en 3D stéréoscopique.
La recherche s’achève en mettant en lumière les possibilités artistiques inexplorées en 3Ds, parmi lesquelles celle d’enrichir la continuité stéréoscopique en s’inspirant de la façon dont l’architecture et la musique ont traité les notions de continuité et de discontinuité. Certaines de ces possibilités sont explorées au travers de deux courts-métrages, dont rend compte la dernière partie de ce travail.

Lara Hirzel (Promotion 2013, thèse soutenue en 2016)

Titre : “Châteaux intérieurs”, du théâtre de la mémoire aux espaces imaginaires
Directeurs : Jean-Loup Bourget (Ecole normale supérieure) et Jean-Charles Fitoussi (réalisateur)

Présentation : Ce travail comprend trois films, une installation vidéo et deux scénarios. Ces réalisations reposent sur des interrogations liées au lieu et à sa mémoire. Des mnémotechniques rhétoriques de l’antiquité aux usages du flashback dans le montage cinématographique, cette recherche traverse les champs de la photographie, des arts plastiques, de la littérature et du cinéma afin d’inventer ses propres usages plastiques de concepts philosophiques.
Chaque projet développe sa façon propre d’aborder le sujet de la représentation d’un espace fantasmé, imaginé ; façons liées au « genre » des propositions, à la place laissée au spectateur et, au cœur même des films, à la multiplicité des subjectivités des personnages. Ainsi, le film
Demeure convoque Saint Augustin et l’art de la mémoire tandis que Sirènes joue des effets de montage et de réminiscences. Les Passages secrets lie lieux réels et espaces fictionnels par l’installation in situ dans le village de Binic. La déambulation est alors une autre manière de rejouer le trajet discursif de la méthode des loci. Le scénario Sans Perceval, adapté des Vagues de Virginia Woolf, singularise quant à lui une multiplicité de points de vue sur un même temps partagé dans un lieu unique. D’une autre manière, Les Atomes joue avec la figure de la baleine comme lieu symbolique sur lequel achoppent et divergent les imaginaires. Enfin, en utilisant l’idée d’espace intérieur dans la fiction même, le projet des Châteaux intérieurs propose une voie d’actualisation d’anciennes propositions philosophiques et théologiques, autour d’une variation moderne du personnage de sainte Thérèse d’Avila. Ce dernier scénario agrège ainsi plusieurs concepts fréquemment évoqués, repris, mentionnés dans la topique chrétienne, ici distordus, transformés et utilisés dans la fiction même.

Les projets SACRe

Séances du séminaire SACRe à La Fémis

La Fémis coorganise le séminaire doctoral SACRe, qui tourne entre les établissements partenaires. Voici le programme des séances tenues à La Fémis :

— Journée de séminaire SACRe « Cinéma et éthique du soin »
12 février 2021, La Fémis
Avec la participation de Laurence Caeymaex et Claude Danan (praticiens hospitaliers, pédiatres), Laura Koeppel et Luc Engelibert (enseignants en cinéma), Fattima Houitte, Nathan Nunes, Vincent Jorge et Nina Petre (étudiants), Jean-Michel Frodon (Sciences Po Paris) et Céline Lefève (Université de Paris), Sandra Laugier (Paris 1 Panthéon-Sorbonne), François Hébert (doctorant SACRe à la Fémis), Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor (cinéastes et anthropologues).

— Journée de séminaire SACRe « Où se loge la théorie en art ? - Construire un paysage : culture visuelle, enjeux conceptuels, processus créatifs »
22 octobre 2019, La Fémis
Avec la participation de Etienne Chambaud (doctorant SACRe), Etienne de France (artiste plasticien), Elsa de Smet (IRIS-OCAV-PSL), Marie-Luce Nadal (docteure SACRe), Barbara Turquier (La Fémis), Caroline San Martin (Université Paris 1)

— Journée de séminaire SACRe « Quand est-ce que tu racontes ? Temporalités et créations »
11 octobre 2019, ENSAD
Journée préparée par le groupe de recherche sur la Fabulation, Dimitri Martin Genaudeau (doctorant SACRe à la Fémis) et Christophe Guérin (doctorant SACRe ENSAD). Avec la participation de James Auger (RMIT University), Natalia Baudoin (doctorante SACRe ENSAD), Joseph Minster (doctorant SACRe La Fémis), Anna Saint-Pierre (doctorante SCAU-ENSAD)

Retrouvez tous les programmes de ces séminaires ici.

Groupe de recherche de la Fémis
Plusieurs doctorants de La Fémis et d’autres écoles d’art partenaires de SACRe se sont réuni autour d’objets de recherche communs sur le cinéma. Ce groupe est l’occasion d’aborder certains questionnements à partir de différents regards, de différentes disciplines, et des réflexions spécifiques initiées dans les travaux des doctorants qui en font partie.
Initialement, ce groupe s’est réuni pour réfléchir autour des formes de « fabulation » à l’œuvre dans les pratiques artistiques, en prenant pour point de départ les pages que Gilles Deleuze consacre à ce terme dans L’image-Temps.
Le groupe a été à l’origine de plusieurs séances du séminaire doctoral SACRe entre 2017 et 2020, autour de la fabulation et plus généralement des pratiques du récit, puis de certaines notions au cœur du travail de recherche des doctorants.
De ces trois années de collaboration a émergé le souhait de créer une publication commune, ouverte par ailleurs à de nouveaux contributeurs, autour de la figure du « héros ». L’un des enjeux de ce projet est de rendre compte de la dynamique d’échange au sein du groupe de recherche, de prolonger la réflexion sur les modalités d’écriture et de diffusion des savoirs, et de contribuer à réfléchir au positionnement singulier des artistes-chercheurs. Plus d’informations sur ce projet ici.

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